|Mali|
Caractérisation de la végétation et de la biodiversité dans le secteur sahelo-saharien de Bamba, Mali
Auteur(s): Ph. Birnbaum, F. Dembélé et Y. Maïga
La végétation de la région de Bamba est typique d’une zone de transition du Sahel au Sahara. Elle est caractérisée par une couche arborée dominée par Acacia tortilis subsp. raddiana et une couche herbacée où la graminée Panicum turgidum domine. La couche arbustive est généralement absente. La diversité spécifique de ces formations est essentiellement déterminée par les variations locales des conditions édaphiques. La strate herbacée domine dans les zones sablonneuses alors qu’une végétation arborée plus diverse apparaît dans les zones sablo-argileuses et plus généralement là où la nappe phréatique se trouve plus près de la surface. De plus, les variations de la topographie et plus particulièrement la position de la végétation par rapport au vent déterminent la distribution de la biomasse sensu lato (densité, taille et croissance de la végétation). Cette gradation est la conséquence d’un drainage plutôt latéral vers les sommets de pente, couplé à des sols plutôt hydromorphes dans les cuvettes entre les dunes.
La variabilité de la végétation à Bamba, sa structure et sa composition, sont dictées par l’accès des plantes à l’eau et donc à la capacité du sol à maintenir un niveau hydrométrique suffisant. De plus l’espèce ligneuse dominante A. tortilis peut jouer un rôle additionnel dans le cycle hydrique puisqu’elle est équipée d’un système physiologique équivalent à une pompe hydraulique capable de redistribuer, pendant la nuit, de l’eau des nappes profondes vers la surface. Cette propriété appelée ‘hydraulic Lift’ a été amplement étudiée et il a été démontré que la quantité d’eau disponible pour la strate ligneuse est significativement supérieure près d’un A. tortilis.
La structure arborée semble donc fondamentale pour le maintien simultané d’une diversité spécifique et d’un développement optimal de la biomasse. La pression anthropique (exercée principalement par les animaux domestiques) interfère beaucoup avec ces écosystèmes naturels : broutées et piétinées intensément, les graminées et cypéracées pérennes sont remplacées par des graminées annuelles et des mauvaises herbes; la végétation ligneuse est broutée par les bêtes et reste rabougrie (les arbres ne dépassent pas une hauteur de 1m). La strate ligneuse est détruite et le fonctionnement naturel des cuvettes inter-dunaires est altéré ; l’eau continue de ruisseler selon la topographie mais n’est plus collecté à son point de convergence par la végétation de sorte que la circulation hydrique souterraine est impossible. Avec la disparition de cette végétation, le drainage vertical profond s’estompe au profit du seul drainage superficiel incapable de bloquer l’avancé du sable de surface et à terme, la constitution d’un système de dunes vives. Progressivement le paysage passe d’une organisation cellulaire à une organisation linéaire.
Ainsi, la création d'une circulation hydrique verticale semble fondamentale dans le maintien de la structuration du paysage. Cette circulation étant assurée par la présence de la strate ligneuse, nous suggérons que la présence des arbres, et notamment de l’espèce Acacia tortilis, est le principal gage de stabilité dans le fonctionnement de cet écosystème de transition sahelo-saharien. De plus cette espèce est une légumineuse dont l'association avec des mycorhizes et la nodulation active a été prouvée de sorte que sa présence enrichit notablement la composition azotée du sol.
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- Soumis par gregoire le 25/7/2004 à 9:31